Voilà plusieurs années que je m'entoure de tissus anciens. Une collection non une récolte, des pièces que je ne peux pas laisser passer .
Il me semble que je les ai déjà rencontrées dans ma vie, qu’elles ont fait partie de mon enfance, de mon adolescence, de mon passé.

Jusqu’à maintenant, je me contentais de les réutiliser au gré de mes humeurs dans des créations fantaisistes : sacs, coussins, sculptures, bijoux…

Mais récemment un projet a germé dans mon esprit. (ENFIN !)

Le linge de famille.

En écrivant cela je pense d’abord aux draps que l’on devait plier lorsqu’ils étaient secs, dans une espèce de cérémonial ,un peu comme une danse, un rituel.

Cela se faisait à deux, on prenait le drap à se deux extrémités  et on reculait pour bien le tendre,on le pliait d'abord en deux (dans la largeur) puis encore une fois et on tirait et on tendait le tissu, le but de la manœuvre étant de ne pas le repasser .

Puis on le levait bien haut , il ne fallait pas qu’il  touche le sol et on le pliait en deux dans la longeur en ayant soin de bien les juxtaposer les bords,puis l’un de nous(le plus petit) lâchait et l’autre pliait le drap en deux .Je me souviens que dans cette manœuvre ma mère utilisait son menton.

Je ne sais à quel moment.

Je me souviens aussi que lorsqu’on tirait sur le drap on tirait de tout son poids et il ne fallait pas lâcher sous peine de faire tomber le partenaire ou pire le drap !!

Les draps étaient rêches et je souffrais durant toute la durée de ce pliage.

Je ne supportais pas le contact de mes ongles sur le tissu, cela me donnait de frissons et je rentrais mes ongles dans ma main pour ne pas être en contact avec le tissu ce qui ne manquait pas d’être remarqué  et on se faisait un malin plaisir à me réquisitionner pour cette tache.

Aujourd’hui le tissu de lin est un de mes préférés car il est d’une tenue remarquable et on peut en faire ce qu’on veut.

Les draps étaient importants dans la vie d'une famille.

La jeune fille préparait son trousseau.

Elle brodait des lettres pour son mariage.

On y passait sa nuit de noce.

On y avait ses enfants.

On y couchait les morts.

Les draps accompagnaient les vies ,voir les générations.

Le linge bien plié et rangé dans les armoires de ma grand-mère.

Les draps dans la lessiveuse et l‘odeur du linge et du savon…

Mais je m’éloigne de mon sujet.

Si cela continue je vais vous emmener à  la rivière avec la lessiveuse dans la brouette... 

Donc le linge de famille.

L’expression laver son linge sale en famille.

Le linge est bien plié et on peut le regarder sur l’étagère un peu comme la tranche des livres, nous découvrons dans la pile de linge ce qui la constitue.

Les années de la vie comme le linge se superposent comme les cernes d’un arbre coupé .
Se sont des strates qui s’entassent et qui peuvent cacher dans les plis des secrets( de famille).

 

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D’où l’idée de présenter un paquet de linge qui serait  constitué des tissus connus dans mon enfance et de mettre en avant sur chaque face du paquet  un souvenir précis évoqué avec des tissus et peut-être d’autres éléments.(Regardez bien sur les photos mon paquet de linge est caché dans le linge...)

Chaque paquet présenterait deux faces à exposer,comme un tableau réversible, et donnerait à voir également  les différents tissus qui le composent.

 

Ainsi, j’ai composé mon premier paquet, en utilisant les tissus suivants :

-toile à matelas rayée(kaki er blanc)

-serviette de toilette ancienne bleue et blanche bien usée

-morceau de drap métisse(lin-coton)

-morceau de dessus de lit ancien damassé blanc avec les franges (le classique que l’on mettait sur le lit bateau)

-une serviette de toilette jolie blanche et rouge sur une face du paquet

-une chemise ancienne d'homme blanche dont on peut voir les plis boutons et monogramme rouge sur une face du paquet

-une besace ancienne de pêche qu’on nommait "musette" que j’ai découpée , elle est présente sur une des faces et sa bandoulière sert à accrocher le paquet au mur à une patère etc.(boucle pour régler la bandoulière visible sur le côté)

J’ai laissé sur cette besace les épingles à nourrice qui y étaient accrochées, on distingue aussi les boutonnières

-deux poissons brodés en tissu que j’ai chiné avec jubilation et que j’ai de suite visualisés dans ce souvenir

-Des morceaux d’un coussin ancien: nénuphars et herbes vertes (qui encadraient un cygne à l’origine)

-Un torchon blanc(ou serviette) aux dessins passés bleus et roses représentant un héron (compagnon des pêches en rivière)

-un morceau de napperon brodé : blé (le blé,l'été omiprésent)

-une pochette pour ranger une serviette de table, dont les couleurs( bleu et vert)apportent la fraicheur nécessaire.

 

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Le paquet est lié grâce à un fil de lin ancien il n’y a aucune couture.

De cette façon j’ai pu introduire quelques objets:

-Un enrouloir à ligne de pêche en bois, plat

-un bouchon ou flotteur

-un fil à pêche, plombs et hameçon (grosse monture!)

-un bouchon de liège avec un morceau de bouchon

-une boite ancienne de pharmacie qui aurait pu contenir nos hameçons

-un morceau de scion d’une canne à pêche ancienne (bambou)

 

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Pour maintenir le paquet et pouvoir le nouer à la bandoulière de la musette j’ai utilisé un morceau de canne à pêche ancienne (bambou).


J’ai glissé dans le paquet de linge une clé en fer forgé ,reliée au numéro 118 cuivré(choisi au hasard) et à un bouchon pour la pêche rouge et blanc (un fil de lin lie l'ensemble)
J’y ajouterai une feuille décrivant mon souvenir figé dans ce paquet de linge ("Quand on allait à la pêche...") et qui sera caché dans l’épaisseur des tissus.(où?)

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J’ai conçu le tout comme un objet de déco, que l’on peu suspendre d’un côté ou de l’autre selon son envie, suivant l’environnement,suivant la pièce suivant l'instant.

Un peu valise...

Un souvenir venu de mon passé et transportable où vous le souhaitez…

 

 

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